Anthony F.

Le bal des ombres
par (Libraire)
21 avril 2020

Un bal où Bram Stoker rencontre Dracula...

"Le bal des ombres" est un splendide roman mettant en scène l'amitié de Bram Stoker, administrateur pendant plus de vingt-cinq ans du théâtre londonien, le Lyceum, et d'Henry Irving, directeur et célèbre tragédien shakespearien et de la sémillante Ellen Terry, considérée en son temps comme la Sarah Bernhardt britannique. Il nous plonge avec avidité dans l'époque victorienne.
Aujourd'hui encore, Bram Stoker est infiniment moins connu que son "personnage fétiche, le comte Dracula". Alors que plus de cent films ont été tournés sur cet être avide de sang, alors que les éditions paperback peuplent les bibliothèques du monde entier, Bram Stoker, son génie créateur, ne bénéficie pas toujours de la reconnaissance qu'il mérite.
Dans ce roman, Joseph O'Connor compose une biographie solide de son personnage principal et présente l'auteur irlandais comme une véritable brute de travail, génie d'organisation pour administrer le théâtre londonien du Lyceum sous la férule parfois oppressante de son directeur, Irving.
Sous sa plume apparaît un être de chair et de sang, fait des plus grands doutes quant à sa production littéraire. Toute sa vie, il ne cessera de publier dans des revues de moyenne diffusion, goûtant peu au succès. Et c'est son Dracula, écrit en 1897, quinze ans avant son décès, qui le fit connaître.
Ce livre est réussi car romanesque à souhait. Il présente par exemple "l'amitié héroïque" que nourrissent les deux principaux héros masculins. Mais, pour l'Irlandais, comment faire pour survivre et exister devant ce monstre d'égoïsme, de narcissisme et par là même de mauvaise foi qu'est l'immense comédien Irving ? C'est sans doute ce qu'il y a de plus beau ici et c'est une gageure : avoir réussi à recréer des liens anciens complexes et souvent tortueux. On comprend un peu mieux, en lecteur contemporain, comment fonctionne une troupe. Ellen Terry, figure charmante et grande amie de Bram Stoker, vient également déposer sa grâce dans la pièce qui se joue sous nos yeux… Et que dire des passages sur Jack l'Eventreur faisant à cette époque frémir les autorités mais bien plus encore les petites gens des faubourgs ?
"Le bal des ombres" est à conseiller au lecteur qui aime le charme vénéneux de Dracula, mais aussi à ceux qui, comme moi, ont plaisir à se pencher dans l'Angleterre victorienne et dans la grande illusion qu'est le spectacle du théâtre et de ses acteurs…

Il est juste que les forts soient frappés
par (Libraire)
21 avril 2020

Un roman criant d'humanité

Ce roman est une émotion.
Il raconte une histoire d'amour d'aujourd'hui.Le parti pris de la narration n'est pas étrange, il est humain...
On apprend très vite que Sarah, la narratrice omnisciente, est décédée. C'est elle qui va nous guider dans le récit de sa vie. Dans sa vie d'avant le cancer. Et là le second héros sera ce Théo, homme lunaire, amoureux passionné qui ne jure que par "La vie est belle" de Capra ou bien par les œuvres de Fellini.
Sarah débute le dialogue par ses jeunes années, lorsqu'encore peu armée pour lutter contre l'existence, elle était une jeune Punkette sans avenir, mais pas sans grâce. Elle nous décrit la rencontre avec son petit moineau de Théo. L'optimiste fou, le chevalier blanc, l'homme qu'elle attendait pour les grains de rire et de bonheur jetés aux moineaux ici ou là. "La vie est belle" lui répètera-t-il à longueur d'années. De là naîtra un premier enfant, un garçon, Simon, puis Sarah retombe enceinte. Bref, une existence banale pourrait-on dire, celle de deux échappés qui, s'ils n'avaient rien pour se rencontrer, l'ont fait et ont créé leur éden à deux.
Le roman prend une tournure dramatique quand Sarah apprend lors de cette seconde grossesse que chaque minute compte pour la sauver du crabe.
Et là l'Auteur Thibault Bérard fait preuve de grâce en nous décrivant le quotidien d'une malade. La réaction de son personnage principal est une fulgurance d'espoir. Jamais il ne renonce. Tous leurs amis, toute la famille sont présents autour du couple.
Ce livre est un concentré d'émotions disais-je et touche réellement au cœur.
Il décrit avec tellement d'humanité, avec tellement de justesse et de retenue ce qu'est le cancer qu'il m'a réellement embarqué. Il n'est jamais triste et porte au contraire la résilience comme étendard. Passées les premières pages où la narration peut paraître surprenante, le lecteur rentre vite dans l'histoire et adhère au propos comme aux personnages. C'est beau c'est chatoyant, mais c'est surtout tellement vrai…
Ce "Il est juste que les forts soient frappés" compose une galerie de personnages qui touchent autant que la vie les touche. Une vraie belle découverte que ce premier roman de Thibault Bérard, éditeur à la ville..

Les Contours de la mélancolie
par (Libraire)
22 janvier 2020

Un premier roman réjouissant

Ce n'est pas un feel-good book mais cela y ressemble ! L'héroïne, Elena, écrit une thèse sur la psychologie du bonheur. Tout un programme... En tout cas, on ne s'ennuie pas avec cette fille. De son grand amour perdu à ses ennuis avec une directrice de thèse insupportable, on entre de plain-pied dans l'aventure. Réussira-t-elle à écrire finalement ? Passée dans le privé, elle sait que son client attend... Ce qui est très jouissif, ce sont toutes les mésaventures qui attendent Elena. Sa sœur grande gueule et battante, son père, morne et mutique, son ancien fiancé tatoué composent une galerie de personnages haut en couleurs. Alors, feel good or not feel good ? Au final, le livre est plus subtil qu'il n'y paraît !

LE BON SENS
20,00
par (Libraire)
22 janvier 2020

Jeanne d'Arc réhabilitée

Après avoir décrit dans « Le Bon coeur » l'épopée de Jeanne d'Arc qui fit sacrer Charles VII à Reims, Michel Bernard récidive et compose un roman historique « parfait ». Ici, point de dialogues, mais une plongée dans la folie de la guerre de Cent Ans. Charles VII doit encore reconquérir la Normandie et la Guyenne. Aidé de ses principaux vassaux, il porte la guerre là où il se doit. Mais c'est surtout du procès en réhabilitation de la Pucelle d'Orléans dont il s'agit. L'Auteur, en historien et conteur scrupuleux, nous narre par le menu les tiraillements de l'Eglise face au procès dévoyé d'Orléans qui conduisit Jeanne au bûcher. Le lecteur découvre avec intérêt toutes les arcanes de cette affaire. Voici une page d'histoire revisitée avec talent.

La Redoutable veuve Mozart
par (Libraire)
28 novembre 2019

Si Mozart m'était conté

Ce livre est un enchantement. Tout d'abord parce qu'on y apprend des choses que l'on ignorait sur le compositeur de génie ; ensuite parce qu'on comprend qu'il n'y avait qu'un auteur de la qualité d'Isabelle Duquesnoy pour retracer deux vies aussi extraordinaires que celles des époux Mozart. Du début à la fin on se régale. Vraiment. L'Auteur a notamment épluché toute la correspondance de Constanze Mozart et cela se voit ! Tout est sourcé, chaque détail sonne juste et on surprend jusqu'où est capable d'aller un écrivain, le nombre d'années qu'il est capable de s'y consacrer pour cerner son personnage, à même la peau.
Il aura fallu une aussi "redoutable veuve Mozart" pour que le génie mort sans le sou survive. Il aura fallu une redoutable femme d'affaires pour défendre le droit d'auteur de son mari, vendre sa musique et ses requiem. Le festival de Salzbourg, qui "Mozart merci" (sic.), existe encore, présente depuis 1956 la semaine Mozart avec les meilleurs artistes du monde et un public tout aussi international... Dans ce livre la description de la vie de Constanze Mozart avec ses enfants qui doivent perpétuer l'héritage, est saisissante ; le compagnonnage qu'elle entreprend avec son second mari est passionnant. Mozart Mozart Mozart, elle n'aura que cette affirmation à la bouche jusqu'à la fin. Je crois qu'on peut la remercier !