Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Femmes en colère, roman
18,00
7 juin 2021

#MeToo

Le moins que je puisse dire de ce roman, c’est qu’il m’a fait réagir.

J’aurais aimé être avec les jurés et leur glisser deux-trois trucs à l’oreille pour orienter leur vote. Ce qui me fait dire que l’auteur aurait pu être plus prolixe et glisser plus d’arguments lors des débats contradictoires.

J’ai aimé la façon dont le romancier nous parle de la libération de la parole et du #MeToo sans avoir l’air d’y toucher, tout en finesse, comme il sait si bien le faire.

J’ai aimé Mathilde Collignon et son geste. Je ne vous en dirais rien car l’auteur fait durer le suspens jusqu’à la moitié de son roman.

Mais imaginer les deux agresseurs après son geste m’a bien fait rire, et venge un peu toutes les femmes violées.

J’ai été effarée que le Président demande aux jurés de se prononcer sans émotion : qui peut penser et vivre sans émotions ?! Les dictatures, peut-être…

Et quelle conclusion : l’image finale est très forte et très juste.

Une lecture qui, j’en suis sûre, ne vous laissera pas indifférent-e.

Quelques citations :

Ce n’est peut-être pas de la légitime défense, comme vous nous la décrivez dans les textes de loi, mais c’est une légitime défense dans ce monde où les femmes ne sont pas écoutées quand elles crient, quand elles sont battues, quand elles sont violées. (p.78)

Les hommes sont promptes à nous montrer leur queue, sans qu’on le leur ai demandé, persuadé que ce spectacle nous excite follement. Et dire que c’est moi la barbare…. (p.96)

L’image que je retiendrai :

Celle du Président qui peu à peu devient moins froid et comptable et cherche à donner équitablement la parole.

Des hommes couleur de ciel

Éditions de l'Observatoire

17,00
7 juin 2021

attentats, Pays-Bas

Je ne savais pas à quoi m’attendre précisément en ouvrant ce roman, et j’ai reçu un uppercut.

Le récit commence alors qu’une bombe explose dans la cantine du lycée d’Alice, professeur de russe. Sous le choc, elle tient absolument à se rendre sur place pour faire son cour. Mais devant son établissement, le drame lui saute au visage à travers les parents d’élèves la sollicitant. On sent alors toute l’impossibilité d’Alice à répondre, elle qui n’en sait pas plus que ces parents angoissés.

Elle soupçonne bien un de ses élèves tchétchène. Un garçon buté qui se refuse à écrire en russe. Petit à petit, elle n’avait plus lu ses devoirs.

Dans le même temps, Adam est arrêté dans un café et incarcéré avec son cousin, qui tente de le tuer.

Nous suivons parallèlement Alice, la professeur de russe qui vient à grandit en Tchétchénie mais qui se sent pleinement intégrée – excepté quelques petits détails… – et Adam, venu lui aussi de Tchétchénie ou il s’appelait Oumar.

Pourtant, Adam avait une vie sans histoire, plutôt bon élève il avait réussi son baccalauréat. Et puis sa mère, son frère et son cousin sont arrivés le rejoindre.

J’ai eu de la peine pour la mère d’Adam/Oumar, vieille dame dépressive qui a fait front pendant la guerre dans son pays mais est complètement dépassée.

Hendrick, l’amant d’Alice m’a énervé d’ignorance et de nombrilisme.

J’ai eu parfois du mal à comprendre Alice, qui se clame haut et fort néerlandaise, mais qui reste enraciné à certaines traditions, et qui se demande à qui donner sa loyauté. J’ai aimé cette question sous-jacente de l’auteure : peut-on faire table-rase de son passé, de son pays et de sa culture de naissance ?

J’ai été émue par Adam/Oumar, victime des traditions de son pays, même en Europe. Un jeune homme qui rêvait de mener sa vie comme et avec qui il voulait et que la violence rattrape. Un jeune homme obligé de se cacher, de cacher ce qui fait son être.

J’ai été projetée dans une cellule anti-terroriste, j’ai senti la tension des policiers et la colère des parents de victime, l’incompréhension qui règne.

J’ai découvert la jolie image sur la couleur de ciel utiliser pour remplacer un mot que personne ne prononce car l’idée fait peur.

Un roman terrible sur le terrorisme.

Un roman tragique sur la culture ancestrale comme arme de destruction.

Une citation :

Quand le néerlandais s’enfuit, c’est que tu as laissé le passé absorber le présent. (p.55)

L’image que je retiendrai :

Celle du tee-shirt violet presque rose d’Adam/Oumar.

Une enquête de Lilith Tereia, Les Disparus de Pukatapu
7 juin 2021

Enquête, Polynésie

Je retrouve avec plaisir Lilith et Maema, cette fois sur une île à l’est de la Polynésie, où la navette ne passe qu’une fois tous les 4 mois.

Si elles y sont au départ pour écrire un article sur les conséquences du réchauffement climatique, une main apparue sur le sable va vite les détourner vers une enquête plus policière, car les morts s’accumulent.

Que cache Hotz, le prêtre de la petite communauté ? Que ne veut pas dire Kumi-Kumi, le chef du village ?

Hotz est un personnage inquiétant, qui ne cherche pas à comprendre les us et coutumes de ses ouailles mais veut imposer coûte que coûte sa religion, tel un gourou.

Et puis Maema va de plus en plus mal.

J’ai aimé que l’auteur nous présente dès les premières pages cet atoll comme le paradis sur terre, pour ensuite déconstruire petit à petit cette vision idyllique de l’île de rêve.

En parallèle, nous suivons Franck qui, après avoir volé un bateau à l’île de Ré, fait naufrage pas loin de l’îlot L69. Il est recueilli par les scientifiques qui lui applique une étrange texture sur ses pieds abîmés par les coupures du corail.

J’ai trouvé amusant que l’auteur ne décrive pas de courses-poursuites en voitures comme c’est souvent le cas dans les romans policiers, mais une tempête en pleine mer sur un bateau qui prend l’eau. C’est plus couleur local.

Une enquête encore une fois passionnante et qui met au jour les ravages des essais nucléaires français dans le Pacifique.

L’image que je retiendrai :

Celle de Poerani tenant serrée contre elle une poupée toute abîmée.

Le Flambeur de la Caspienne
7 juin 2021

Enquête

J’ai aimé cette République dans laquelle l’URSS est encore présente : les immeubles gris et les uniformes, le tailleur pour homme et ses costumes prolétaires, le russe encore parlé et compris.

J’ai découvert la république autonome de Nakhitchevan, coincée entre l’Iran, l’Arménie et la Turquie.

L’enquête, qui prend racine au Brésil autour d’un personnage trouble plus ou moins mafieux, m’a cette fois moins intéressée.

J’ai eu mal au foie et à l’estomac à lire les litres de Tokay qu’Aurel avale au fil des pages.

Les tenues bigarrées m’ont faites sourire, un peu.

L’ambassadeur a une personnalité intéressante, un peu rapidement traité.

J’ai bien cru qu’Aurel resterait sur cette terre qui semble faite pour lui.

Ce ne sera pas mon volume préféré de cette série.

Une citation :

"Les tenues exposées étaient réservés aux athlètes de la médiocrité, aux champions de la grisaille bureaucratique. Il s’agit de triompher en battant tous les autres concurrents à l’épreuve de la banalité et de la modestie."

L’image que je retiendrai :

Celle du piano sortie de l’espace se trouvant dans le hall du grand hôtel de la ville et sur lequel Aurel ne peut s’empêcher de jouer.

Une enquête du commandant Avraham Avraham, La Violence en embuscade
7 juin 2021

Israël, policier

Seconde enquête d’Avraham Avraham, sans que pour autant la première soit complètement oubliée.

Il revient de Bruxelles où il a passé 3 mois avec Marianka qui doit le rejoindre et vivre avec lui.

Il y a en fait deux enquêtes : celle de la bombe dans la valise posée devant la crèche, et celle concernant un des suspect.

Car cet homme de plus de 50 ans ayant de jeunes enfants a un comportement étrange.

Encore une fois, j’ai été tenue en haleine jusqu’au bout non seulement à cause des enquêtes conjointes, mais aussi à cause des personnages troubles.

Car dans les romans de l’auteur, les personnages ne sont jamais tout blanc ou tout noir. Ils sont comme nous, parfois insaisissable.

Et Haïm, le père cinquantenaire, l’est particulièrement. Où est sa femme ? Que cache-t-il à ses enfants ? Qui est le mystérieux « papa d’avant » de son fils aîné ?

Et puis cette directrice de crèche pète-sec qui se fait agresser violemment : que cache-t-elle elle aussi ?

J’ai aimé que des choses disparaissent et réapparaissent dans la vie de Haïm : stress ou esprit ? Car en Israël, les morts ne sont jamais loin.

Bref, j’ai aimé que le trouble subsiste jusqu’à la dernière page, et je ne doute pas que la troisième enquête d’Avraham reviendra sur celle-ci.

L’image que je retiendrai :

Il est beaucoup question de valises dans ce roman, mais pas pour de prometteurs départs en vacances.